Solène : « L’arrivée de notre fille trisomique a été providentielle »
- Zélie
- 26 mars
- 3 min de lecture

Solène Rochey relit dans les années qui ont suivi la naissance de leur fille Aélys (photo) la sollicitude de Dieu dans leur vie.
« La Providence ne serait-elle pas simplement une délicatesse divine ? Nous essayions de quitter la Martinique, sans trop de succès. Demandes de mutation en métropole, d’expat... Rien ne prenait. Et puis notre troisième enfant est arrivée. La gynéco suspectait une trisomie 21. La possibilité était assez faible et nous avions été très clairs sur le fait que ça changerait peut-être nos vies, mais pas la poursuite de la grossesse. Elle a été très respectueuse.
Aélys est née le 3 mars 2019, dimanche de carnaval, premier de trois jours (et surtout nuits !) de défilés et fêtes très bruyantes. J’appréhendais les 3 jours d’insomnie avant la naissance autant que ces 3 jours avec un bébé à peine né... Elle y a coupé : nous avons passé ces 3 jours à la maternité, loin des pétarades et des orchestres. Première manifestation de la Providence autour d’elle.
Trois semaines après sa naissance, nous avons appris qu’elle avait une importante malformation cardiaque. Le lendemain, qu’elle était bien trisomique. La version complète, pas celle partielle que nous supposions. Et elle nous regardait avec son petit sourire malicieux dans son cosy... Papa a demandé sa mutation en métropole pour son suivi : orthophoniste, psychomotricien plusieurs fois par semaine, sans parler des médecins spécialistes ; c’était très compliqué à mettre en place là-bas, et promettait de bonnes heures de voiture et bouchons tous les jours. Providence, deuxième étape : la mutation est envisagée pour l’été.
Deux jours plus tard, elle est hospitalisée pour quelques heures qui dureront finalement trois semaines, pendant lesquelles elle a fini par être nourrie par sonde. Providence, troisième étape : comme c’est un troisième enfant, le congé maternité est assez long pour que je puisse tester le confinement avant l’heure avec elle, l’hôpital étant très isolé. Notre petite princesse a joué à Blanche-Neige : évacuée sanitaire dans sa couveuse pour être opérée en urgence en métropole.
Providence, quatrième étape : on était en France bien plus vite que prévu ! Nous étions en 2019. Quelques mois plus tard, la Martinique a connu des grèves d’école de septembre à décembre au moins, puis des restrictions et coupures d’eau en même temps que le confinement, et des émeutes. Avec la lutte contre la montre pour son développement, cela aurait été cauchemardesque.
Cinquième étape : nous avons atterri dans la ville de mon enfance, où étaient encore mes parents. Sixième étape : les professionnels de santé extraordinaires que nous avons rencontrés pour elle ont permis de commencer des parcours diagnostiques liés à des spécificités de ses frères, qui étaient passées inaperçues en maternelle en Martinique, mais ne passaient plus en primaire dans l’Hexagone.
Septième : j’avais évidemment dû quitter mon travail que j’adorais, salariée en création et vente de bijoux dans une TPE martiniquaise. Je n’avais plus d’autre choix que me lancer dans le métier de mes rêves, que depuis toute petite fille je ne pensais pouvoir exercer qu’à la retraite. Grâce à l’existence d’Aélys dans notre vie, je suis devenue romancière. J’écris du cosy mystery, des enquêtes pétillantes et légères qui transmettent un peu de ce que mes enfants m’apprennent au quotidien.
Dernière grâce en date : nous étions en difficulté à cause des prises en charge non remboursées, et nous nous sommes demandés s’il ne fallait pas que je trouve un emploi partiel, qui assure un minimum... Mais sur quel temps ? Je dois récupérer notre puce tous les midis pour la faire déjeuner et l’emmener à ses rendez-vous. J’en parle à une amie, romancière également. « Ah, mais ça tombe bien je voulais te demander si tu serais d’accord pour faire une mission de bêta-lecture rémunérée pour moi ! J’aurais un livre par mois à te confier, pour tel montant. »
Nous rencontrons en permanence des gens merveilleux grâce à elle, directement ou indirectement, sans même parler du bonheur et de la légèreté qu’elle apporte à nos vies. Légèreté, parfaitement : elle fait relativiser les choses, elle nous félicite et nous encourage au quotidien comme nous le faisons pour elle, elle danse, chante, câline, elle est une force de vie et un modèle incroyable.
Oui, l’arrivée d’un enfant trisomique, ça bouleverse une vie, oui c’est sport, ça fait travailler l’endurance et développe une adaptabilité insoupçonnée, mais grâce à elle on touche du doigt à quel point Dieu écrit droit avec des lignes courbes, à quel point tout est grâce et à quel point l’arrivée de notre puce a été et reste providentielle. » Solène Rochey
(Photo © Coll. particulière)
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